La forêt de Kakimbo située en plein cœur de la capitale Conakry, dans la commune de Ratoma, fait partie de ces espaces dégradés. Dans les années 1980, sa superficie s’élevait à 115 ha. Aujourd’hui, selon le ministère de l’environnement et du développement durable, il ne reste que 20 ha. Pour répondre à cette problématique, une initiative « Un anniversaire, un arbre » a vu le jour.

De 14 millions d’hectares de forêts dans les années 1960, la Guinée se retrouve aujourd’hui avec moins de 700.000 hectares.
Un challenge pour reverdir la forêt de Kakimbo
Au sein de ce qu’il reste de cette petite forêt, morcelée par certaines actions anthropiques, de jeunes plantes poussent déjà sur place. Ce sont entre autres des Gmelina arborea, teck, flamboyants et terminaria. Ici, ils se côtoient, occupant un large espace autrefois abandonné. Ce reboisement est à l’actif du challenge “un anniversaire, un arbre”, mis en œuvre par l’ONG Agir Contre le Réchauffement Climatique (ACOREC).
L’initiative est simple et symbolique : marquer son passage d’une année à une autre par la mise en terre d’un plant, quel qu’il soit. L’action a commencé en novembre 2018 au sein de la forêt de Kakimbo, fortement détruite par endroits par les actions anthropiques et la démographie croissante dans la capitale. Des jeunes réunis au sein de l’ONG ont décidé de reboiser cet espace, en commençant notamment près d’une tête de source qui se situe dans la forêt, du côté de Koloma, en face du siège de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT).
L’action diffusée sur les réseaux sociaux attire rapidement. Aujourd’hui, elle s’est étendue à d’autres localités du pays comme à Labé et Mamou, Moyenne-Guinée.
Pour de nombreux jeunes comme Pépé Kpoghomou, c’est devenu une manière concrète de lutter contre la disparition des espaces verts : « C’est une très belle initiative. Ça nous permet de penser à planter au moins une fois par an, ce qui nous fait avancer dans la lutte contre la coupure des arbres qu’on constate un peu partout dans le pays. C’est une meilleure façon de donner un sens à son anniversaire tout en participant à la reforestation de la Guinée ».
Pépé Kpoghomou explique qu’«Au lieu d’aller payer un gâteau à 200.000 GNF ou 150.0000 GNF, tu paies ici un plant à 25.000 GNF ; Le prix d’un gâteau de 200.000 GNF te fait au moins huit (8) plants, ce qui est bien pour la végétation ».

Arrêter la saignée …
En quelques décennies, la forêt de Kakimbo qui est l’un des poumons écologiques de la capitale a perdu plus de 80% de sa surface.
Oumou Hawa Diallo, militante environnement et cofondatrice de l’ONG porteur de l’initiative, apprend qu’à l’instar de la forêt de Kakimbo, de nombreuses autres subissent une prédation ligneuse.
« L’initiative est née d’un constat. Notre pays fait partie des pays ayant l’une des plus belles végétations au monde, s’étendant sur des millions et des millions d’hectares. Nous comptons plus de 150 forêts classées qui, malheureusement, se retrouvent menacées au fil des années par la déforestation, l’urbanisation, les feux de brousse et bien d’autres phénomènes.»
L’activiste note que ces facteurs entraînent non seulement la dégradation des écosystèmes, mais aussi la hausse des températures et d’autres dégâts. « Vous avez remarqué qu’il fait excessivement chaud, que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural. Nous avons également les inondations, les sécheresses et beaucoup d’autres phénomènes qui sont la résultante de l’impact de nos actions sur notre environnement. C’est ainsi que nous nous sommes dit qu’il fallait agir, mais de façon très concrète », explique Oumou Hawa Diallo.

Pour y participer, il suffit de disposer de plants ou d’en acheter chez des pépiniéristes. Certains sont présents de façon permanente au sein de la forêt pour en planter. Une fois les plants mis en terre, ces derniers veillent au suivi et à l’entretien des plants. « Lorsque d’autres visiteurs viennent pour un anniversaire ou pour une action de reboisement, ils achètent les plantes avec nous, puis nous réalisons ensemble la plantation. Certaines personnes reviennent progressivement pour constater l’état d’évolution de leur arbre, d’autres passent chaque fin de mois. Il y en a aussi qui plantent, prennent des photos, puis ne reviennent plus. Mais nous, puisque c’est notre travail, nous restons pour veiller sur ces arbres », explique Mamadou Bachir Diallo, pépiniériste qui travaille depuis 27 ans sur ce site.
Mamadou Bachir Diallo et ses collègues pépiniéristes veillent à l’entretien des plantes par un arrosage et un suivi réguliers.
Un impact déjà perceptible
Aujourd’hui, plus de 2.300 plants ont été mis en terre, seulement dans la forêt de Kakimbo grâce à cette initiative, selon la cofondatrice. Elle a mobilisé des étudiants, des professionnels, des activistes, mais aussi de simples citoyens soucieux de participer à la préservation de nos forêts.

Bien que ce reboisement soit peu régulier, il assure en tirer déjà parti : « Ailleurs, il fait très chaud, mais dès que vous approchez d’ici, l’air devient plus frais et plus humide. (…) Quand vous entrez ici, vous ressentez immédiatement une fraîcheur naturelle. On s’y sent tellement bien qu’on n’a presque plus envie de repartir. Il y a un air pur et agréable, et cela procure un véritable bien-être ».
Même son de cloche chez Kadiatou Soumah, riveraine de la forêt : « J’ai constaté beaucoup de changements. Auparavant, il y avait moins d’arbres dans la forêt. Mais actuellement, vu qu’à chaque fois qu’on fait le reboisement, le climat a un peu changé. Avant il y avait beaucoup de chaleur. Mais actuellement, vu le reboisement actif, il y a beaucoup de changements. Le climat a changé, l’environnement aussi est meilleur. On respire le bon vent ».

L’initiative est également bien appréciée des autorités communales. « A mon avis, c’est une bonne initiative. Et ça a été salutaire. déjà. Mais surtout, ça peut nous permettre de reboiser la forêt Kakimbo à moindre coût, sans que l’État ne débourse chaque année des centaines de millions pour le reboisement de la forêt Kakimbo », précise Aboubacar Camara, Directeur communal de l’Environnement.
L’initiative a inspiré d’autres projets similaires, notamment l’initiative citoyenne #DonkinLeggal, qui invite les communautés à planter des arbres dans leur environnement proche à l’occasion de la fête de Tabaski et l’initiative présidentielle Un guinéen Un arbre, mis en œuvre par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD). A l’international, Green UNESCO Canada a distingué l’initiative en en faisant une alternative de lutte contre le changement climatique.
Une solution louable… mais précaire ?
Même si l’initiative est louable, elle présente tout de même des limites. Celles-ci peuvent freiner sa pratique et même son exportation, malgré la problématique à laquelle elle répond. Au nombre de ces limites, le coût des plants et leurs choix, l’insalubrité au sein de la forêt, l’adhésion massive des citoyens mais aussi l’entretien des plants. « Comme toute initiative, nous faisons face à des défis, notamment logistiques et financiers. Au sein de la forêt, il y a plusieurs raccordements de tuyaux qui nous permettent de tirer l’eau pour l’arrosage des plantes. Et c’est un processus extrêmement difficile. Si nous avons les moyens de réaliser des forages, cela facilitera l’arrosage des plantes et encouragera également les pépiniéristes à produire des pépinières. Quant à nous, cela nous aidera dans le suivi et l’entretien des arbres plantés par les participants », poursuit Oumou Hawa Diallo.
Au-delà de cela, il faut noter le manque de démarcation claire de cet espace, facilement grignoté par les citoyens. D’ailleurs, en ce moment même, un mall (Centre commercial) est en pleine construction à quelques mètres de la forêt.

Pour Abdoulaye Gonkou Bah, sociologue environnementaliste, les initiateurs doivent fournir plus d’efforts. « Ils ont beaucoup contribué à planter des arbres, mais est-ce que ces espèces-là répondent vraiment aux besoins du pays en termes de restauration de la biodiversité ? Donc, c’est de faire en sorte que les plantes qui seront reboisées répondent vraiment aux normes.»
Le socio-environnementaliste suggère des espèces locales, comme le néré qui est inscrit aujourd’hui sur la liste rouge de l’UICN, et déclaré en voie de disparition, de même que le lengué qui est aussi une essence qu’il juge d’importance capitale pour non seulement les citoyens en termes de couvert végétal, mais aussi en termes de pharmacopée.
Pépé Kpogomou, un des citoyens qui ont participé à l’initiative demande que des plants à croissance rapide soient mis à disposition pour optimiser le reverdissement.
Cet article est proposé dans le cadre du projet Afri Kibanaru initié par Cfi.











