À Kankan, la proximité entre les populations et les animaux peut exposer à certaines maladies transmissibles à l’homme. Parmi les zoonoses régulièrement rencontrées dans la région, le charbon bactéridien et la rage sont particulièrement cités par le vétérinaire Dr Mamadi Aïssata Konaté, rencontré par la rédaction de Batè FM et Kankan24.com.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en Guinée, la situation de la rage tant chez les humains que chez les animaux est de plus en plus préoccupante. En 2020, il a été enregistré 1232 cas de morsures de chiens avec 34 morts, comparativement en 2021 ou on a enregistré 1309 cas de morsures avec 29 décès. Il s’agit d’une problématique de santé à la fois humaine et animale.
Dans les élevages comme dans les foyers, le contact entre l’homme et l’animal est quotidien. Mais cette proximité peut aussi favoriser la transmission de certaines maladies. À Kankan, le charbon bactéridien et la rage figurent parmi les zoonoses auxquelles les populations doivent être attentives, selon le Dr Mamadi Aïssata Konaté, médecin vétérinaire et directeur général des Cliniques Nabaya.
« Chaque année, on rencontre des cas très répétitifs de ces maladies dans la région », affirme le vétérinaire.
Le charbon bactéridien, un risque lié notamment aux animaux contaminés
Encore appelée fièvre charbonneuse, le charbon bactéridien est une maladie infectieuse grave due à la bactérie Bacillus Anthracis. Il s’agit d’une maladie animale transmissible de l’animal à l’homme. Elle touche les herbivores.
L’homme se contamine par contact avec des animaux infectés, par voie cutanée, par inhalation ou par ingestion. La maladie n’est pas contagieuse d’une personne à l’autre.
Selon le médecin vétérinaire Dr Konaté, le charbon bactéridien touche notamment les bovins et les petits ruminants. La maladie peut représenter un risque pour l’homme lorsqu’il entre en contact avec un animal contaminé ou consomme sa viande.
« Si l’homme n’est pas informé de l’état de santé de l’animal, il peut contracter cette maladie à travers la consommation de la viande », explique-t-il.
Le vétérinaire appelle ainsi les éleveurs et les populations à la prudence lorsqu’un animal meurt brutalement. Parmi les signes qu’il décrit chez l’animal figurent notamment l’écoulement de sang non coagulé par certains orifices naturels.
« Le signe fréquent du charbon bactéridien est la mort brutale de l’animal », souligne-t-il.
La manipulation d’un animal contaminé ou de sa viande peut également exposer l’homme à la maladie, selon le vétérinaire.
La rage, principalement transmise par contact direct
Autre zoonose évoquée : la rage. Contrairement au charbon bactéridien, le principal risque évoqué par le vétérinaire est lié au contact direct avec un animal infecté.
« Pour la rage, c’est à travers la morsure, la lésion et la griffure », explique le Dr Konaté.
La salive d’un animal infecté peut également constituer une voie de transmission lorsqu’elle entre en contact avec certaines muqueuses ou une plaie, précise-t-il.
Cette transmission directe explique l’importance d’une prise en charge rapide après une morsure ou une exposition à risque.
La prévention passe par la vigilance
Pour Dr Konaté, la prévention commence par la surveillance de l’état de santé des animaux et la prudence face aux animaux présentant des signes inhabituels.
Dans le cas du charbon bactéridien, la mort brutale d’un animal doit notamment alerter les éleveurs. La manipulation de sa dépouille ou de sa viande doit alors être évitée en attendant l’intervention des services compétents.
Le Dr Konaté évoque également les risques liés à une mauvaise gestion des carcasses animales. Selon lui, l’enfouissement d’un animal contaminé dans un endroit inapproprié, notamment à proximité d’un cours d’eau, pourrait contribuer à contaminer l’environnement.
Des campagnes de vaccination initiées pour prévenir ces maladies
Kankan à l’instar des grandes villes de la Guinée enregistre chaque année des campagnes de vaccination contre le charbon bactéridien et la rage. Au début de cette année 2026 au mois de janvier, 8 000 doses de vaccins contre la rage ont été mobilisées pour la préfecture. Avec pour slogan “Tous unis pour éliminer la rage à l’horizon 2030”, l’initiative visait une riposte vaccinale afin d’éliminer la transmission des infections à l’homme.
En ce qui concerne le charbon bactéridien, des campagnes sont également initiées.
Cette année 2026, la maladie a été signalée à Kankan-Koura, l’un des quartiers de la commune urbaine. Pour Dr Konaté, grâce à une campagne de vaccination effectuée dans le quartier ainsi que dans les localités environnantes, la maladie a été circonscrite. « Le charbon dont nous parlons est une maladie contre laquelle on vaccine deux fois par an, avant et après la saison sèche. Elle fait partie des maladies telluriques, c’est-à-dire des maladies liées à la terre ».
Outre, la connaissance des modes de transmission apparaît ainsi comme un élément essentiel de prévention. Pour les professionnels de la santé animale, la vigilance des éleveurs et des populations reste déterminante face aux maladies susceptibles de passer de l’animal à l’homme.
Mamadi Kèndè Mara











