En cette matinée du mercredi 28 janvier 2026, le marché de Kilomètres 36, situé dans la commune urbaine de Sanoyah en pleine banlieue de Conakry, retrouve progressivement son animation habituelle. Cris des marchands, brouhaha des clients, claquements des charrettes. L’effervescence des lieux contraste pourtant avec un phénomène alarmant. Au centre de ce poumon économique, un dépotoir dégage sans relâche des volutes de fumée tantôt noire, tantôt blanchâtre, depuis le début de la saison sèche.
À quelques centimètres seulement de cette fosse toxique, des commerçantes étalent des denrées alimentaires destinées à la consommation directe.
Une cohabitation périlleuse qu’affronte quotidiennement Aminata Traoré, vendeuse de konkoi (poisson fumé en langue sosso).
Elle vit cette cohabitation difficile au quotidien et ne cache pas ses craintes :
« Cette fumée nous dérange énormément et peut provoquer des maladies. Nous voulons que les autorités nous viennent en aide. Respirer cela est devenu une épreuve. Il faut absolument trouver une solution à ce problème d’ordures », plaide-t-elle avec inquiétude.
Un peu plus loin, Boubacar Diallo, marchand d’oranges, tente tant bien que mal de servir ses clientes. Pour lui, la journée de travail ressemble à un combat pour la survie. Il ne quitte plus sa bavette (masque) pour tenter de filtrer l’odeur et la fumée qu’il juge invivables. Bien que nouveau dans le secteur, il a déjà tenté, avec d’autres, d’éteindre le feu, en vain.
« L’odeur et la fumée sont invivables. J’ai déjà essayé d’éteindre le feu, mais on m’a expliqué que ce brasier persiste toute la saison sèche », confie le commerçant, installé récemment. Le désarroi perce dans sa voix : « C’est très difficile. Du matin au soir, nous respirons cela. Nous avons peur de contracter des maladies graves. C’est notre quotidien, malheureusement pour nous » Déplore M. Diallo.
Au-delà du constat visuel, la situation au marché du KM36 constitue une urgence sanitaire criante. Alors que la commune de Sanoyah aspire à une gestion moderne de son espace urbain, ce foyer toxique au cœur d’un lieu de négoce reste une contradiction inacceptable – et un péril ignoré.
Mamadi Kèndè Mara











